Droit de réponse à l’article parut sur le site de l’Oise Agricole « Les causes de mortalité des abeilles », parut sur le site internet le 24 novembre 2016.

 Ça fait toujours drôle de lire M Lecompte faire l’expertise de notre petite filière de production, c’est un peu comme si on demandait au Directeur Général d’Areva de faire  une expertise à charge sur la filière nucléaire… Réseau biodiversité est en effet une ONG au service des fabricants de pesticides. Quand ils viennent aux journées scientifiques et de la recherche sur l’abeille, ils sont en compagnie des représentants du développement dit « durable » de Basf, le communicant de l’Union des industries de la protection des plantes (l’UIPP), etc.

L’abeille est en voie d’extinction comme tant d’autres pollinisateurs en Europe et s’il y a encore apis mellifica sur le territoire c’est bien parce qu’il y a des apiculteurs et apicultrices pour s’en occuper.

Quant à l’application de la note de service concernant le réseau de surveillance des troubles et mortalité des abeilles, ça vaut le coup de voir au moins une fois sur le terrain ce que c’est ! Cette note est d’abord rédigée en priorité pour traiter des questions sanitaires. Peu de régions rendent cette note active et réactive en cas d’appel pour les apiculteurs qui font le constat d’une dépopulation ou d’une soudaine mortalité dans un rucher.

Il est contre nature pour les agents de l’État d’établir la responsabilité en cas d’intoxication tant les méthodes conviennent peu et tant les interprétations d’analyses positives sont inexistantes. Donc rares sont les apiculteurs et apicultrices professionnels qui persistent à déclarer les intoxications, car découragés par le système. Il est bon de rappeler que l’ANSES a fait appel à l’institut de l’abeille (ITSAP) pour mettre au point et valider une méthodologie de terrain en cas d’intoxications d ‘abeilles…

 Pourquoi nous rendre responsables du désarroi qui accable bon nombre d’entre nous ? Je vois les collègues jongler entre les pertes élevées de cheptel et les chutes de récoltes. Et en plus, oui, les cires peuvent être polluées, comme l’eau, l’air, le sol, les gens ! C’est bien embêtant. D’ailleurs il n’y a pas de Limite maximale de résidus (LMR) pour la cire, ce qui permet à des crétins d’importer n’importe quoi, parce que la France est devenue déficitaire en même temps qu’elle ne produit plus assez de miel… La production a été divisée par 3 en 20 ans… Bel indicateur d’un désastre annoncé !

L’abeille rapporte plus aux productions végétales et la reproduction naturelle qu’à sa propre filière miel… 2 à 5 milliards (productions) / an en France.

Et puis ce qui mérite un droit de réponse avant tout ce n’est pas tant le parti pris de la démonstration : « varroa méchant », « pesticides bof », « apiculteurs pas bien » . Non, c’est le ton, ça me rappelle quand on raillait les paysans et qu’on les traitait de plouc, ça fait 6000 ans qu’ils nourrissent le monde, malgré toutes les galères, quand même… respect ! Et là aussi il faudrait s’excuser d’être apiculteur aujourd’hui… Mais pour laisser place à quoi, à qui ? Je vous laisse deviner…

Nous n’avons ni attendu M lecompte, ni la DGAL pour se structurer et bosser sur ce qui nous permet d’avancer et de durer malgré les difficultés.

Chers voisins de métier soyez vigilants, nous discréditer, dévaloriser notre métier, jouer le clivage, minimiser la gravité du constat, regardez bien à qui et à quoi ça sert…

 

Nicolas Guintini

membre du groupe de Travail Sanitaire et Tox

de la Fédération Française des Apiculteurs Professionnels