Courrier adressé au MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ ET DES NÉGOCIATIONS INTERNATIONALES SUR LE CLIMAT ET LA NATURE
Le 5 mars 2026
En complément de sa précédente intervention, la Fédération Française des Apiculteurs Professionnels, représentant 10 % des apiculteurs professionnels en France, aimerait insister sur plusieurs points :
1) L’impact du frelon asiatique est très variable selon la densité de population du prédateur et selon la nature de l’activité apicole.
Pour les apiculteurs professionnels, dont l’activité constitue un revenu principal, la pression du frelon engendre :
- une perte de productivité significative (stress des colonies),
- un affaiblissement structurel des colonies (souvent couplés à d’autres facteurs),
- une surcharge de travail liée aux dispositifs de protection (transhumance piégeage),
- un impact économique direct.
À l’inverse, pour une partie de l’apiculture de loisir, l’impact peut être perçu comme moins critique économiquement, bien qu’il demeure réel sur le plan sanitaire et environnemental.
Cette disparité rend indispensable une politique publique différenciée mais cohérente. La lutte contre le frelon asiatique souffre aujourd’hui d’importantes disparités territoriales : modalités de piégeage, protocoles de destruction des nids, niveaux de prise en charge financière, communication institutionnelle.
2) Une harmonisation nationale apparaît indispensable afin de :
- garantir l’équité entre territoires,
- assurer un discours public cohérent et donc fédérateur,
- structurer des formations harmonisées,
- améliorer l’efficacité des actions de terrain.
3) L’éradication du frelon asiatique étant aujourd’hui illusoire (source scientifique), la stratégie doit se concentrer sur :
- le financement de la recherche active et destruction des nids,
- l’organisation coordonnée de la destruction.
Les efforts budgétaires doivent prioritairement être orientés vers la surveillance et la neutralisation des foyers plutôt que vers des dispositifs d’indemnisation complexes et difficilement objectivables. Cet axe permet de valoriser le travail important des apiculteurs de loisirs qui est un maillon important dans le maillage de surveillance du frelon à pattes jaunes, à défaut de pouvoir accéder à d’autres aides financières. Les communes pourront également prendre une place active dans ce dispositif, car elles sont indispensables à la pression locale de lutte afin de garantir l’homogénéité de la couverture de surveillance.
4) La mortalité des colonies est multifactorielle (pression parasitaire, ressources alimentaires, pratiques sanitaires, conditions climatiques). Bien qu’une augmentation nette des pertes ait été observée depuis l’arrivée du frelon asiatique, il demeure difficile d’établir une causalité directe et juridiquement opposable. La mise en place d’un dispositif d’indemnisation généralisé semble complexe, notamment en matière de preuve de l’impact spécifique du frelon sur les ruchers. En cas de dispositif d’indemnisation, celui-ci devrait prioritairement concerner les apiculteurs professionnels, dont l’activité économique dépend directement de la viabilité des colonies, et non pas les apiculteurs de loisir qui ne constituent pas le même enjeu socio-économique du territoire. L’apiculture de loisir ne doit pas être exclue des dispositifs de surveillance — elle constitue un maillage territorial précieux — mais, dans un contexte budgétaire contraint, il ne paraît pas pertinent qu’elle bénéficie d’un dispositif d’indemnisation des pertes de ruches si un tel dispositif devait émerger.
Toutefois, le dysfonctionnement du dispositif OMAA illustre les difficultés actuelles d’indemnisation sur des causes multifactorielles d’affaiblissements des ruches. Au lieu de reconnaître et indemniser les pertes liées aux intoxications, le dispositif reste essentiellement centré sur la question du traitement du varroa. Cette plateforme, très coûteuse, bénéficie à ce jour bien plus aux petits détenteurs de ruches qu’aux professionnels dont la demande de soutien se retourne bien souvent sur leurs pratiques de traitements. Cette approche restrictive met en évidence les limites d’un système qui ne prend pas pleinement en compte la diversité des causes de mortalité et les réalités du terrain.
La FFAP sera attentive à la mise en place de tout dispositif d’indemnisation de pertes liées au frelon asiatiques afin de garantir l’intégrité morale des apiculteurs professionnels pouvant en faire la demande.
La politique publique relative au frelon asiatique doit donc :
- Être harmonisée au niveau national ;
- Concentrer ses moyens sur la recherche et la destruction des nids ;
- Structurer une surveillance coordonnée intégrant les apiculteurs de loisir ;
- Réserver tout éventuel dispositif d’indemnisation aux apiculteurs professionnels ;
Seule une stratégie cohérente, réaliste et économiquement ciblée permettra de contenir durablement l’impact du frelon asiatique sur l’apiculture française. Cette stratégie nationale devra permettre aux communes et communauté de communes de pleinement s’ impliquer dans cette lutte car ce maillon reste indispensable à la mise en œuvre efficace et cohérente de tout dispositif.
Bonjour
Il serait bon que la fédération indique clairement sur son site les moyens de récupérer des pièges à frelons asiatique pour un piégeage à la bonne saison même par les particuliers non apiculteurs.
Bonjour,
Les pièges peuvent s’acheter facilement dans un magasin spécialisé. Il n’y a aucune harmonisation des moyens de lutte à l’échelle nationale à ce jour. Donc chaque territoire, parfois à l’échelle de la commune, a son budget et ses priorités. La lutte est à la charge des OVS donc il convient de se rapprocher de son GDS pour avoir plus d’infos au niveau local.