Proposition Omnibus : pourquoi les apiculteurs alertent sur les risques pour les pollinisateurs et la santé publique

Les apiculteurs professionnels français appellent le Gouvernement à défendre une approche ambitieuse de la protection de la santé et de l’environnement dans les négociations européennes sur la proposition Omnibus. En tant que sentinelles de l’environnement, nous observons chaque jour les conséquences concrètes des politiques agricoles et environnementales sur les pollinisateurs.

Les pollinisateurs : des sentinelles de l’environnement

Les abeilles ne produisent pas seulement du miel. Elles sont également des indicateurs précieux de l’état de notre environnement.

À travers leurs déplacements quotidiens sur plusieurs kilomètres autour des ruchers, les abeilles collectent du nectar, du pollen et de l’eau au sein des paysages agricoles, naturels et urbains. Elles sont ainsi exposées à l’ensemble des pressions exercées sur les écosystèmes : pesticides, pollution diffuse, perte d’habitats, changements climatiques ou encore raréfaction des ressources florales.

Pour les apiculteurs professionnels, les colonies constituent un véritable système d’alerte précoce. Les mortalités inhabituelles, les contaminations détectées dans le pollen, la cire ou le miel, ainsi que l’affaiblissement des colonies révèlent souvent des déséquilibres environnementaux qui concernent l’ensemble de la société.

La santé des pollinisateurs reflète celle des sols, de l’eau, de la biodiversité et, finalement, celle de notre système alimentaire.

La proposition Omnibus : simplification ou dérégulation ?

La Commission européenne examine actuellement une proposition dite « Omnibus » visant à simplifier certaines procédures relatives aux produits phytopharmaceutiques, aux biocides et à la réglementation sanitaire.

L’objectif affiché est de réduire les charges administratives et d’améliorer l’efficacité des procédures. Cet objectif peut être légitime lorsqu’il permet de faciliter le travail des administrations, des agriculteurs ou des entreprises.

Cependant, de nombreuses organisations de la société civile s’inquiètent du risque que cette simplification se traduise par un affaiblissement des mécanismes de contrôle, de surveillance et de réévaluation des substances mises sur le marché.

Pour les apiculteurs, une question demeure essentielle : comment garantir la protection de la santé humaine et de l’environnement si les outils permettant d’évaluer les risques sont affaiblis ?

Pourquoi l’approche One Health est indispensable

L’une des principales préoccupations soulevées par les organisations environnementales concerne l’absence de référence explicite à l’approche « One Health ».

Cette approche repose sur un constat simple : la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont étroitement liées.

Les abeilles illustrent parfaitement cette réalité. Elles ne connaissent pas les frontières administratives entre les politiques agricoles, sanitaires et environnementales. Elles traversent les cultures, les espaces naturels, les jardins, les zones urbaines et les ressources en eau.

Lorsqu’un pollinisateur est exposé à une substance chimique, ce n’est pas uniquement une question apicole. C’est aussi un signal concernant la qualité de l’environnement dans lequel vivent les autres espèces, y compris les êtres humains.

La protection des pollinisateurs doit donc être considérée comme un élément central des politiques de santé publique et de sécurité alimentaire.

Pas de souveraineté alimentaire sans pollinisateur

Les pollinisateurs jouent un rôle essentiel dans la production agricole européenne.

Une part importante des cultures dépend directement ou indirectement de la pollinisation animale. Fruits, légumes, oléagineux et nombreuses productions agricoles bénéficient de ce service écologique indispensable.

La dégradation des populations de pollinisateurs représente donc un enjeu économique autant qu’environnemental.

À l’heure où la France et l’Union européenne placent la souveraineté alimentaire parmi leurs priorités stratégiques, il est indispensable de rappeler une évidence : il n’y a pas de souveraineté sans biodiversité.

Protéger les pollinisateurs revient à protéger les fondements mêmes de notre agriculture.

L’appel des apiculteurs au Gouvernement français

Face aux discussions en cours sur la proposition Omnibus, les apiculteurs professionnels français appellent le Gouvernement à :

  • défendre l’intégration explicite du principe One Health dans les négociations européennes ;
  • maintenir des mécanismes robustes d’évaluation scientifique des risques ;
  • préserver les dispositifs de surveillance et de réévaluation des substances chimiques ;
  • garantir que toute simplification administrative ne se fasse pas au détriment de la santé publique, de la biodiversité et des pollinisateurs.

La France a souvent joué un rôle moteur dans la protection de la biodiversité et de la santé environnementale. Nous l’invitons aujourd’hui à poursuivre cet engagement.

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