Acétamipride : quelles garanties réelles pour les pollinisateurs ?
La Fédération Française des Apiculteurs Professionnels (FFAP) interpelle InterApi sur les dérogations susceptibles d’être accordées pour certaines molécules, dont l’acétamipride.
Notre question est simple : quelles garanties réelles seront mises en place pour surveiller les effets de ces dérogations sur les abeilles et les autres pollinisateurs ?
Les risques des néonicotinoïdes sont déjà documentés
Les risques associés aux néonicotinoïdes ne constituent pas une question nouvelle.
Les effets préoccupants de ces substances sont documentés depuis de nombreuses années et ont contribué aux décisions d’interdiction, de restriction ou de non-renouvellement de certaines molécules.
Dans ce contexte, il ne nous paraît pas acceptable que les apiculteurs soient une nouvelle fois placés dans la position de devoir démontrer la nocivité de produits dont les risques sont déjà établis.
La question n’est donc pas de demander aux apiculteurs de prouver une nouvelle fois la dangerosité de ces substances.
La question est d’abord celle de la justification même des dérogations : sont-elles indispensables ? Existe-t-il des alternatives efficaces et moins dangereuses ? Et comment mettre en balance les bénéfices attendus avec les risques encourus ?
Des dispositifs de surveillance qui posent question
Si une dérogation est néanmoins accordée, il faut alors pouvoir garantir que ses conséquences seront réellement surveillées.
Or, les dispositifs actuellement envisagés soulèvent des interrogations.
L’ITSAP a récemment fait suivre plusieurs notes mettant en évidence les limites des dispositifs actuels de surveillance. Le dispositif OMAA apparaît aujourd’hui insuffisant pour répondre à l’ensemble des enjeux. Sa gouvernance et son fonctionnement suscitent un manque de confiance au sein de la profession.
L’Observatoire des Résidus de Pesticides aurait également pu constituer un outil intéressant s’il avait pu être alimenté par des données de terrain actualisées. Mais ce n’est pas le cas, faute de financement.
Les études de terrain sont indispensables… et particulièrement complexes
Cette question est d’autant plus importante que les dispositifs de terrain sont parmi les plus difficiles et les plus coûteux à mettre en place pour parvenir à de véritables conclusions.
Pour comprendre les effets d’une substance sur les pollinisateurs en conditions réelles, il faut prendre en compte une multiplicité de paramètres.
Produire des données de terrain fiables demande donc des moyens importants et des dispositifs suffisamment robustes pour permettre de tirer de véritables conclusions.
Il ne suffit pas d’annoncer qu’un produit fera l’objet d’une surveillance.
Il faut pouvoir savoir :
- ce qui sera effectivement surveillé ;
- avec quels moyens ;
- selon quelles méthodes ;
- et comment les résultats seront interprétés et pris en compte dans les décisions.
C’est précisément ce que nous demandons aujourd’hui à l’interprofession.
Qui porte la charge de la preuve ?
Pour la FFAP, la charge de la preuve ne peut pas être portée une nouvelle fois par la profession apicole.
Nous demandons à InterApi de se saisir de cette question auprès du ministère et d’obtenir des réponses claires sur les dispositifs qui seront réellement mis en place.
Nous souhaitons notamment savoir :
- Quels dispositifs de surveillance sont actuellement envisagés pour les dérogations à venir ?
- Quels moyens humains et financiers seront mobilisés ?
- Comment les résultats de cette surveillance pourront-ils conduire à réexaminer ou à suspendre une autorisation si nécessaire ?
Ces questions doivent permettre de savoir si les dispositifs annoncés seront réellement capables de documenter les conséquences d’une éventuelle reprise d’usage de l’acétamipride.
Ne pas opposer les filières agricoles
Cette question dépasse évidemment le seul cadre apicole.
La FFAP souhaite donc qu’une démarche collective puisse être engagée afin de croiser les expertises et de porter des demandes cohérentes auprès des pouvoirs publics.
Nous demandons notamment à InterApi de porter ou de relayer une interpellation auprès des autres filières afin de permettre une rencontre et un échange sur nos conditions respectives de travail.
Nous pensons notamment aux filières concernées par les dérogations envisagées : betterave, pomme, cerise et noisette, mais cette démarche pourrait être élargie à l’ensemble des filières agricoles.
Il nous paraît nécessaire de mieux comprendre les difficultés auxquelles ces filières cherchent à répondre, les bénéfices économiques réellement attendus des dérogations et leur mise en balance avec les coûts et risques pour les autres filières, notamment au regard de la valeur de la pollinisation, ainsi que les limites qu’elles souhaitent fixer à ces usages.
L’objectif n’est pas d’opposer les filières entre elles, mais de permettre un échange direct entre producteurs, de mieux mesurer les conséquences croisées de ces décisions et de rechercher des solutions compatibles avec la préservation des pollinisateurs et des équilibres agricoles.
La FFAP demande des réponses
À travers cette interpellation, la FFAP demande donc à InterApi de se saisir de deux questions :
Quelles garanties réelles et quels moyens seront mis en place pour surveiller les conséquences des dérogations sur les pollinisateurs ?
Et comment organiser un dialogue avec les autres filières concernées afin de mieux comprendre les bénéfices attendus, les risques pour les autres productions et les limites acceptables de ces usages ?
Nous estimons que ces questions doivent être posées avant que les dispositifs de dérogation et de surveillance ne soient considérés comme acquis.
La protection des pollinisateurs nécessite des données de terrain robustes, des moyens adaptés et des dispositifs auxquels les professionnels puissent réellement accorder leur confiance.